WHAT THE FLOK ?

Festival Faire & Penser du 29 septembre au 4 octobre 2014 à Marseille

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A propos : objectifs du festival WTF

C'est un fait. D'innombrables gestes et initiatives, au quotidien et répartis sur toute la planète, agissent pour améliorer l'état du monde, le faire dévier de sa trajectoire mortifère voulue par les capitalistes et productivistes. Et pourtant, les sentiments d'impuissance, de fatalisme, voire d'indifférence semblent les plus répandus et partagés, comme si nous étions hypnotisés par le désastre annoncé [1].

Les rencontres What the FLOK ? réunissent des associations, artistes, techniciens, médiateurs, formateurs, scientifiques, philosophes, pour tenter de faire un état des lieux de ce qui se fait, de ce qui se dit dans les mouvements liés à la culture libre et l'exposer au grand public. Car depuis une vingtaine d'années, sur Internet et dans des lieux, dit “tiers-lieux”, comme les friches-hackerlabs-hackerspaces-medialabs-makerspaces-fablabs, des outils sont développés, des ateliers sont menés, des publications sont écrites, des œuvres sont produites. Or tout ceci reste trop confidentiel.

Parallèlement, il est peut-être aussi temps de faire l'auto-critique de la critique [2]. Car malgré toutes ces initiatives, certains arguments lassent, saturent, et nous nous retrouvons face à des impasses qui brouillent notre analyse et notre imaginaire. C'est connu, le capitalisme dans sa grande tradition de récupération dévore tout, même nos idées progressistes, il brouille les pistes : le Do It Yourself (D.I.Y.) initié par les résistants de l'éléctronique, par le punk, devient un argument marketing pour donner une sensation de pouvoir aux individus ; la réthorique communautaire du village mondial connecté et de l'économie contributive devient la captation monétaire de nos relations et leur appauvrissement à travers les plateformes du Web, etc. De même pour finir une liste qui pourrait être longue, quand les fablabs vendent des services, délégateurs de savoir, où est la réappropriation (l'empowerment) véhiculée par le projet initial ? Sommes-nous capables de proposer à la fois des imaginaires et des expériences concrètes plus souhaitables ?

Les nouvelles technologies, qui ne sont plus si nouvelles, jouent un rôle ambigüe dans les réflexions que nous menons. Elles possèdent ce double rôle, à la fois bonnes et mauvaises [3]. Il est plus qu'urgent de comprendre et de faire comprendre comment tout ceci fonctionne car l'intégration du numérique est une des composantes majeures de nos sociétés, sur lequel se fonde l'économie numérique et ses imaginaires associés : start-up, sillicon valley, venture capitalism, croissance, etc. De notre point de vue, on observe deux mouvements qui se croisent : la numérisation de la vie qui ne cesse de s'étendre qu'on le veuille ou non ; inversement les pratiques sur Internet portées par le mouvement des logiciels libres redonnent vie aux idéaux communautaires et irriguent dorénavant d'autres champs comme la politique, l'industrie, l'alimentation, l'agriculture, l'éducation, la science, la santé, … [4] On commence à voir se dessiner les contours d'un projet de société souhaitable, ce qui est très stimulant.

Tout doux

To-do liste de la critique

Faire et penser
En France, et de manière globale dans le monde occidental, s'est installé une frontière [5], une ligne de fracture symbolique et réelle entre les personnes qui sont proches de la matière, qui fabriquent, manipulent, et les travailleurs que l'on nomme aujourd'hui cognitifs qui vont passer une grande partie de leur temps à travailler en réseaux, sur un ordinateur, à manipuler des mots, des concepts. Frontière qui est parfaitement palpable quand les industries doivent reverser des impôts, puisque celles qui manipulent la matière en paie le quintuple [6]. Nous refusons cette façon de voir les choses car les effets sont nocifs. D'une part, on reporte sur les pays périphériques, les outils de production avec les conséquences sur l'environnement et les conditions de travail que l'on sait, d'autre part, s'installe une idée dangereuse véhiculée de façon radicale par les transhumanistes que le corps soit un obstacle car trop défaillant. Nous souhaitons à travers l'invitation de personnes de toutes disciplines, rendre poreuses les barrières entre penseurs et practiciens dans ce grand mix des disciplines et stimuler les liens entre corps et pensée, entre pratique et théorique, entre matériel et immatériel. C'est pourquoi aussi nous voulons faire cohabiter les réflexions autour des données informatiques et celles autour des enjeux de la réappropriation des outils de fabrication.

Changer nos pratiques
Pour expérimenter les propositions énoncées par la culture libre, il faudrait dans un premier temps traquer nos incohérences et essayer de faire ce que l'on dit pour changer nos pratiques au niveau de nos organisations et de nos outils. Et finir par arrêter de faire des rapports sur les usages qui réduisent notre rôle à celui d'usager et qui ne remettent rien en cause. Si on est pour une société réellement démocratique et “horizontale”, est-ce que notre organisation l'est ? Si on promeut les logiciels libres, utilisons-les. Si des logiciels ne sont pas pratiques, améliorons-les. S'il y en a qui n'existent pas, créons-les. Il faudra bien trouver l'équilibre entre notre demande d'efficacité et d'urgence, qui reste à questionner, et l'effort que demande l'apprentissage de nouvelles pratiques. De même pour rendre tout ceci tangible, il faudra bien trouver un équilibre entre l'acceptation de certaines choses et le combat sur d'autres, tout ne pouvant se résoudre aussi rapidement que souhaité.

Travailler sur la longueur et sur la convergence
Ces expériences-là ne peuvent s'achever en une semaine. L'idée de ces rencontres est de voir comment articuler des rendez-vous événementiels et au long de l'année. Il nous faudra trouver des stratégies de contournement de la décentralisation perverse de l'État qui sonne l'arrêt progressif des budgets alloués au fonctionnement des structures, qui ne deviennent plus que des projets … Les lieux comme les hacker/maker/fab/media_spaces/labs pourraient porter dans leurs villes des expériences ou initiatives communes en synergie avec un réseau international et la société civile.


[1] Contre la fascination du désastre, Mona Chollet, Manière de Voir n°136, Août-Septembre 2014.
[2] En effet, il y a des “problèmes auxquels doivent faire face les réseaux libres décentralisés […], les initiatives de Souveraineté Technologique partagent entre elles certains bugs récurrents.” (dossier Souveraineté Technologique, page 12)
[3] Pharmakon, Ars Industrialis.
[4] Everything Open and Free, Société libre
[5] Déterritorialisation ?
[6] Master of Taxes Evasion

buts.txt · Dernière modification: 2014/09/23 11:15 par resonance