Construire des cabanes, un acte politique ?

Pour conclure :

Construire une cabane c’est détruire les manuels, c’est refuser le modèle qu’on nous impose pour aller construire sa propre vision du monde quelque part, n’importe où.

Alec Soth, Broken manuals, source ici

Construire des cabanes, c’est construire de nouvelles façons de représenter l’espace, sur un territoire « ménagé plutôt qu’aménagé ». Ce n’est pas « prendre place » mais « accuser ce monde de manque de place. » (Marielle Macé).

Construire des cabanes, c’est élargir la zone à défendre, avec la terre, avec les autres. A l’inverse du repli sur soi, c’est élargir les formes de vie, relancer l’imagination, tenir un discours, réclamer une transformation et prouver qu’on peut s’y prendre autrement. Les cabanes de la ZAD dérangent car elles sont la preuve qu’autre chose est possible.
En outre, les cabanes que nous voulons construire ne sont pas des abris reclus, des façons de tourner le dos, à l’image de Côme dans le roman d’Italo Calvino ou d’Henry David Thoreau, mais des gestes, gestes à faire ensemble, à réinventer en préservant aussi ce qui existe déjà (cabanes en pierre-sêches, bergeries).
Ce qu’il faut donc, c’est construire ensemble avec le meilleur et le pire du monde présent, une façon de se tenir debout dans notre monde abîmé (Marielle Macé, dans l’émission France culture « Vite une cabane ! »)

La cabane est ainsi une incarnation d’un idéal politique, d’un retour vers une simplicité non corrompue sans pour autant être précaire. Cette simplicité est paradoxale car elle implique un geste qui la dépasse. En effet, la cabane, avec son apparence modeste et fragile, est, paradoxalement, par son énorme puissance métaphorique, une « image de résistance » (Bernard Picon) aux crises contemporaines.

Je vous conseille la lecture de l’essai de Marielle Macé, Nos Cabanes, chez AOC (un aperçu ici).

Extrait :

Publié par sophie

Après des études de littérature et gestion de projets culturels, j'ai travaillé dans la médiation culturelle avant de passer un Diplôme National d'Art à l'Ecole des Beaux-Arts de Marseille. Je suis intervenante arts plastiques pour des écoles, centres sociaux, entre autres.