Médias et Infini

Conférence donnée par Jérôme Abel de l'association Reso-nance Numérique, le mercredi 13 janvier 2016 au Campus des Sciences et Techniques d'Avignon, dans le cadre des Réanih-ma #2, rencontres étonnantes de l'art, du numérique et de l'interaction homme-machine.

Télécharger toutes les images (30 Mo) : medias-et-infini.zip

Préambule

2015-2016 : projet , Reso-nance Numérique

Durant l'année scolaire 2015/2016, Reso-nance Numérique est en résidence de création au Campus des Sciences et Techniques d'Avignon pour produire avec les élèves et les enseignants une installation artistique : . Celle-ci traite des médias, de leur concurrence dans une course en circuit fermée, infinie, et de l'automatisation de l'information.

1972 : plaque de la sonde Pioneer 10

L'infini est un outil mathématique, philosophique et bien plus encore. Mais au niveau physique, il semble qu'il y ait une limite minimale (longueur de Planck) et maximale (finitude de l'univers). L'infini est le symbole aujourd'hui du manque de courage des sociétés humaines industrialisées pour s'ajuster aux limites naturelles de notre Terre. Car les sociétés non industrielles ne prennent que ce dont elles ont besoin, pas nous.

Les médias eux, à travers l'information en flux tendu, la surenchère émotionnelle, sont le reflet d'une société qui se parle mal. Dans ce document, je m'amuse à tisser des parallèles entre les enjeux que je considère comme majeurs et des œuvres artistiques ou scientifiques. Pour la forme, j'ai choisi le diaporama d'images et de vidéos comme si on pouvait embrasser le monde en quelques images, volonté matérialisée dans la plaque de la sonde Pioneer 1 et 2 en 1972 et 1973, et le disque d'or des sondes Voyager 10 et 11 en 1977. Et si chacun d'entre nous rassemblerait 100 images pour décrire sa vision du monde ?

Comprendre le monde

01-35000-grottechauvet.jpg -35000 : art pariétal de la grotte Chauvet-Pont d'Arc

La grotte Chauvet, découverte en 1994, a été protégée et récemment reconstituée grandeur nature sur un autre site accessible aux visites, la Caverne du Pont d'Arc. Ces dessins m'ont impressionné par leurs élégances, le sens du trait, des proportions. Et le support, même légèrement travaillé et aplani, reste irrégulier. Je met au défi notre assemblée de faire mieux.

Mais pourquoi ces hommes préhistoriques ont-il dessiné ? Avec un environnement aussi hostile, pourquoi perdre son temps à dessiner des animaux ? Continuons le raisonnement, pourquoi danser, jouer de la musique ? Et bien, l'Art, ne laissons pas dire le contraire, est d'une nécessité absolue. Ici, les dessins représentent des animaux à attraper, à éviter, à tuer : chevaux, bisons, ours, … On peut imaginer un très long temps d'observation pour pouvoir reproduire de mémoire la forme des animaux. Pour eux, il faut s'approprier le monde, le comprendre pour pouvoir y survivre, et défier ces animaux, ne plus avoir peur.

Aujourd'hui, pour face aux enjeux environnementaux et aux dérives structurelles des organisations politiques et économiques, il faudrait s'inspirer des anciens, revenir aux fondamentaux, à la matière, aux relations humaines. Comprendre le monde, c'est le faire sien, le sentir, y agir, et nous en sentir responsables.

Système-Monde

02a-pekin-pollution.jpg 2014 : pollution atmosphérique en Chine (source)

Le monde est toxique. L'impact des activités humaines depuis la révolution industrielle est dorénavant visible dans le sol de la Terre, on parle d'époque Anthropocène. Après avoir voulu survivre, l'homme a domestiqué les animaux, la nature, jusqu'à s'en croire, dans son infinie démesure, propriétaire, et maintenant tortionnaire. L'homme s'est coupé de son environnement, alors que nous faisons système, nous sommes interdépendants : “Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.” (1ère loi de Thermodynamique). Nous ne créons rien, nous transformons.

Voulant être rationnel, nous le sommes pas. Nous devons respirer pour vivre, alors n'envoyons pas dans l'air des produits toxiques. Nous devons manger, alors cultivons la terre sans pesticides, élevons les animaux à maturité, de façon respectueuse, sans chimie. Etc, etc. Cette distance, vis-à-vis de la matière, de l'environnement qui nous entoure, est le reflet d'une perte de connaissances élémentaires. Faisons l'exercice suivant : arrêtons-nous un instant, sommes-nous capables d'expliquer comment ont été fabriqué les objets qui nous entourent (extraction, transformations, transport, impacts sociétaux et environnementaux), comment s'est développé la faune et la flore ?

02c-1993-juangimenez-gangrene.jpg 1987 : Juan Gimenez et Carlos Trillo, Gangrène

Ce qui est gênant c'est que cette image de pollution en Chine, nous l'avons déjà vu dans des œuvres d'anticipation en livres, bandes dessinées, films, peintures, etc. Nous semblons nous embarquer dans une expérience collective qui consiste à réaliser les pires scénarios catastrophes, on parle de distopies par opposition à utopies.

1877 : Claude Monet, série de 12 tableaux sur la gare Saint-Lazare à Paris.

Ici, avec Claude Monet, on sent bien l'oppression des fumées. La technique n'est pas neutre. L'arrivée des machines à vapeur a permis de produire plus et plus vite, mais a créé en contre-partie un environnement oppressant : concentration dans les villes, conditions de vie et de travail difficile, pollution, déforestation, coupures des paysages avec les lignes de train, … Dès le début, des artistes, scientifiques, des penseurs ont réagi face à ces changements pendant que d'autres ont vanté les mérites du “progrès”.

02d-2011-duzhenjun-pollution.jpg 2011 : Duzhen Jun,The tower of Babel: Pollution

1563 : Pieter Bruegel l'Ancien, La Tour de Babel

La Terre

03a-minerai-fer-pilbara.jpg 2000 : Extraction du minerai de fer, à Pilbara en Australie

Aujourd'hui, l'homme extrait de la terre toutes les matières nécessaires à la fabrication du plastique, du verre, du fer, de l'acier, de l'aluminium, du charbon, du gaz, etc. Chaque objet de notre quotidien est composé de ces matières.

L'homme s'approprie la nature de façon abusive par l'intermédiaire des brevets sur le vivant (exemple du Margousier en Inde) ou via le marché des graines vendues par Monsanto qui ne peuvent se reproduire.

Le monde paysan est en déroute. Les agriculteurs se sont installés dans un mouvement qui dénature leurs métiers en faisant d'eux des exploitants agricoles. Heureusement, le productivisme montrant ses effets pervers, une agriculture paysanne, responsable, commence à refaire parler d'elle.

03b-2014-chines-hommes-remplacent-les-abeilles.jpg 2014 : En Chine, des hommes remplacent les abeilles (source)

Les chinois ont envoyé tellement de pesticides dans les années 80 sur leurs cultures, qu'il n'y a plus assez d'abeilles pour renouveler les plantations. On s'aperçoit alors un peu tard du “travail gratuit” effectué par les abeilles. L'exemple est saisissant : par cynisme, et par manque d'observation et de recul, l'homme résoud un problème et en génére un encore plus compliqué à résoudre. De fait il casse le cycle naturel et il est obligé de compenser par une prothèse celle-ci payante : le travail dans les arbres. La population des abeilles décroit partout dans le monde, comme un révélateur de nos dérives en matière de respect du vivant.

03c-1970-robertsmithson-spiraljetty.jpg 1970 : Robert Smithson, Spiral Jetty

Les artistes s'inspirent de la nature et la modèle. Le Land Art (Art du paysage) est la construction de formes dans la nature ou dans les villes. Le plus souvent cela consiste à utiliser des éléments naturels et éphémères. Ici, la spirale est créée en utilisant une roche noire. Selon les niveaux de l'eau, elles est visible ou non.

Ces œuvres nous parlent de notre rapport avec la nature, de la possibilité de jouer avec elle. En général, il s'agit d'endroits difficiles à atteindre, accessible par la marche. L'importance de voyager à pied, d'avoir une expérience concrète et réelle du paysage constitue souvent un deuxième niveau de lecture. La critique des moyens de transport par les écologistes du XXe siècle nous a permis de voir que, si on additionne les coûts d'une voiture et le temps nécessaire pour les payer, le transport en voiture ne serait pas plus rapide que celui à … pied, 6km/h. Sans compter les effets indésirables de la pollution atmosphérique et des déchets, que doit gérer la société. (source)

2006 : Chris Jordan, série de photo-montages Running The Numbers

Le monde numérique est censé être un monde virtuel, mais il ne l'est qu'en apparence. Il ne faut pas oublier que sous le capot, les composants sont à base de Cuivre, Silicium, Antimoine, Tungstène, Germanium, Gallium, Fluorine, Cobalt, Palladium, Platine, Titane, Indium, Lithium, Niobium, Molybdène, et de ce que l'on appelle les terres rares. Ces métaux sont stratégiques puisqu'ils composent la plupart des appareils électroniques. La demande ne cesse de croître, dûe aux effets de mode, à la non réparation des appareils, aux “data centers” de Google ou Amazon. Cela génère une forte croissance des problèmes : la consommation électrique nécessaire à leur fonctionnement et à leur refroidissement, les déchets électroniques envoyés aux pays du Sud, les conditions de travail des grandes entreprises comme Samsung ou Amazon.

Quelques ressources : La face cachée des TIC, Infographie terres rares, De quoi est fait un IPhone ?

03e-2009-swoon-theswimmingcitiesofserenissima.jpg 2009 : Swoon, The Swimming Cities of Serenissima

Trois embarcations de fortunes construites avec des déchets parcourent un trajet allant de Slovénie jusqu'à Venise, semblables à des naufragés de sociétés modernes après une catastrophe. Depuis 1994, on parle d'un septième continent … de plastique, situé dans l'océan Pacifique. Tous ces plastiques suivent les courants, on en retrouve partout dans les océans. Certains de très petites tailles sont ingérés par les poissons et reviennent ainsi dans la chaîne alimentaire.

1819 : Théodore Géricault, Le Radeau de la Méduse

L'Animal

04a-automatisation-porc-1873.jpg 1873, une usine de porc 1960~, usine de saucisses Oscar Meyer à Madison

Les méthodes de production à la chaîne s'exportent sur les animaux (porcs, poussins, poules, vaches, …). L'animal devient une chose, un objet, un produit. Aujourd'hui, ces questions reviennent au goût du jour via le problèmes écologiques liés à la trop grande consommation de viande, mais aussi aux conditions de vie, d'élevage et d'abattage des animaux. Tout ce qu'on fait à l'animal annoncent les prémisses de ce qu'on peut faire aux hommes.

La machine décuple les possibilités de l'homme, c'est indéniables, mais elle s'intègre dans les tous les domaines d'activités, sans qu'on puisse en mesurer les effets négatifs. Ce phénomène d'automatisation des tâches, divise le travail, assèche la créativité et le plaisir de faire, crée des conflits et du gâchis.

04b-2000-wimdelvoye-cloaca.jpg 2000 : Wim Delvoye, Cloaca

Les automates existent depuis au moins Héron d'Alexandrie en 100. Ils semblent avoir été conçus au départ pour divertir et pour comprendre. Dans ces deux exemples, l'idée est de pouvoir reproduire le système digestif d'un canard ou d'un être humain. La machine reproduit le vivant.

04b-1738-jacquesdevaucanson-canard.jpg 1738 : Jacques De Vaucanson, Canard digérateur

1982 : Godfrey Reggio et Philip Glass, Koyaanisqatsi

Le film fait parti d'une trilogie. Il s'inspire des penseurs écologistes : Jacques Ellul, Ivan Illich et Leopold Kohr. Il s'agit d'images accélérées ou ralenties du monde réel, commençant par des décors naturels et parcourant les sociétés industrielles. Les images étant distantes des événements, vues de haut, j'ai toujours imaginé que cela pourrait être la vision d'un extra-terrestre visitant notre Terre et trouvant notre monde beau et barbare.

Aujourd'hui d'autres films de Yanna Arthus-Bertrand et de Jacques Perrin parlent de l'Homme et de la Nature : Human, Océans, Les Saisons, Terra

2011 : Chris Burden, Metropolis II

Chris Burden est connu pour ses performances très physiques et ses installations traitant de la science et de la politique. Dans cette installation, 1100 voitures circulent sur 18 autoroutes. La circulation semble dense, à la fois folle et prodigieusement ordonnée. En vérité, il faut tout de même une assistance humaine pour surveiller le bon fonctionnement de l'installation. L'artiste semblait vouloir parier sur un futur où les voitures se conduisent seules.

Le titre s'inspire d'un collage de Paul Citroen et du film de Fritz Lang, tout deux évoquant une ville immense et moderne. Dans ce “toujours plus”, toujours plus haut, toujours plus vite, toujours plus de techniques, le spectateur est embarqué entre deux visions de l'avenir, celle d'un progrès prometteur et celle d'un chaos de machines et de structures artificielles ne laissant plus de place au vivant.

1923 : Paul Citroen, Metropolis

04e-1968-lesshadoks-jacquesrouxel-pomper.jpg 1968 : Jacques Rouxel, Les Shadoks

“Les Shadoks sont excessivement méchants et idiots. Ils construisent des machines improbables qui ne fonctionnent pas, le plus souvent sous l'impulsion du Professeur Shadoko.” Voir quelques vidéos.

Je dirais pour ma part que les Shadoks retournent la logique contre elle-même. Nous nous imaginons comme une société rationnelle mais sur beaucoup de points nous ne le sommes pas, comme dit plus haut.

04e-1978-jeantingely-metaharmonie.jpg 1978 : Jean Tinguely, Méta-harmonie

“Méta-Harmonie est constituée de rouages dont certains sont colorés en rouge, jaune, bleu, assez semblable à un gigantesque mécano. Déjà, les machines à peindre de Tinguely parodiaient dans les années 1960, l'acte créateur. Le traditionnel rapport de l'artiste avec la matière, qui passait précédemment par un « savoir-faire » s'est considérablement modifié. La machine a assimilé beaucoup des capacités techniques de l'artisan. L'artiste se rapproche d'avantage de l'ingénieur ou du maître d'œuvre. Il ne fabrique plus ses matériaux de base mais les récupère. C'est la patine de l'humanité que recherche Tinguely dans ces vieux morceaux de ferraille, ces roues usées. Le passage au sein même du Bauhaus de la pièce unique à la pièce usinée en série illustrait déjà cette reconnaissance de l'apport de la machine dans les processus créatif.” (source et vidéos)

04f-2013-ericvanhove_v12laraki_0.jpg 2013 : Eric Van Hove, V12 Laraki

“Reconstitution, à l'échelle, d'un moteur 12 cylindres dont l'histoire est un peu particulière. Abdeslam Laraki, constructeur automobile casablancais, conçoit il y a une dizaine d'années une voiture de sport, la Fulgura, entièrement produite au Maroc, à l'exception du moteur, qui provient des usines Mercedes. C'est à partir de ce constat d'incomplétude qu'Eric van Hove, dont c'est ici la première exposition personnelle en France, décide d'achever, à sa manière, le projet Fulgura. Pendant à peu près un an, l'artiste va faire réaliser par une quarantaine d'artisans marocains l'ensemble des 465 pièces du moteur d'origine, mais chaque réplique sera confectionnée à la main, à partir de matériaux et de techniques propres au métier de chacun d'entre eux.” (source)

Pionner de l'art algorithmique, il conçoit depuis les années 60, des programmes informatiques pour contrôler le feutre d'une table traçante, ou y ajouter des pinceaux.

Ressources : Arts et Machines, Exposition Art et Machine et artplastoc.

L'Homme

Travail dans le textile en Angleterre et désoudage de composants électroniques en Chine.

Le système technique ne préserve pas l'Homme, celui-ci est sommé de s'intégrer à la Machine, même jeune. Le processus de division du travail dépossède le travailleur de son savoir-faire.

Voir :D'ici vingt ans, la moitié de nos métiers pourront être confiés à des machines

05b-2004-michaelwolf-realtoystory-2.jpg 2004 : Michael Wolf, The Real Toy Story

“Avec son projet The Real Toy Story, Michael Wolf a documenté le quotidien d’ouvriers chinois travaillant dans les usines de jouets. C’est après avoir acheté de nombreux jouets à son fils Jasper qu’il a remarqué que sur chacun de ces jouets était indiqué « Made in China ». Une curiosité propre à tout photographe professionnel l’a incité à enquêter sur l’envers du décor, et cette série The Real Toy Story est née après que Michael ai pu visité 5 usines du centre de la Chine.” (source)

2014 : Julien Maire, Man at Work

“Avec le projecteur stéréolithographie 1.0 “Man at Work”, Julien Maire propose un jeu conceptuel sur ce vieux mythe du cinéma en relief, aujourd'hui popularisé aussi bien dans les salles obscures que dans les produits électroniques de consommation de masse. Mais son cinéma en relief est profond, autant symboliquement que littéralement. Le film en boucle présenté montre un personnage creusant inlassablement un trou: soustrayant la terre ici pour l'accumuler là. Comme dans les technologies actuelles de fabrication, soustractives ou additives…” (source)

05d-1980-stelarc_thethirdhand.jpg 1980 : Stelarc, The Third Hand

“Stelarc est un artiste australien performer qui se fit d’abord remarquer grâce à ses travaux artistiques sur la suspension avant de décider d’utiliser son corps pour explorer les interfaces homme machine (il a en effet comme projet de se faire implanter quelques artéfacts de robotique dans le corps). Il mêle donc le corps biologique à des composants électroniques ou robotiques suivant le principe que le corps humain est obsolète. […]

“J’essaie d’étendre les capacités du corps en utilisant la technologie. J’utilise par exemple des techniques médicales, des systèmes sonores, une main robotique, un bras artificiel […] Ce que je préconise ce n'est pas d'adapter l'espace à notre corps, mais au contraire de remodeler notre corps.”” (source)

2008 : Daito Manabe, Face Visualizer

1862 : Guillaume Duchenne, Mécanique de la physionomie humaine

Des solutions

05b-1811-luddites.jpg 1811 : Révoltes de Luddites et ensuite des Canuts

“Le luddisme est, selon l'expression de l'historien Edward P. Thompson, un « conflit industriel violent » qui a opposé dans les années 1811-1812 des artisans – tondeurs et tricoteurs sur métiers à bras du West Riding, du Lancashire du sud et d'une partie du Leicestershire et du Derbyshire – aux employeurs et manufacturiers qui favorisaient l'emploi de machines (métiers à tisser notamment) dans le travail de la laine et du coton2. La lutte des membres de ce mouvement clandestin, appelés luddites ou luddistes, s'est caractérisée par le « bris de machines ».”

05f-2011-cv-dazzle.jpg 2011 : CV Dazzle

“CV Dazzle explore comment la mode peut être utilisé comme un camouflage contre les techniques de reconnaissances faciales, utilisés par les caméras de surveillance.”

1918 : Navire de guerre USS Nebraska camouflé

“Le camouflage disruptif (”Dazzle“) était une technique de camouflage de la première guerre mondiale, destinée à protéger un navire des tirs d'artillerie et de torpilles, en empêchant l'adversaire d'estimer avec précision sa position et son cap. Attribué à l'artiste Norman Wilkinson, ce camouflage repose sur un motif complexe formé d'un enchevêtrement de lignes irrégulières et de couleurs très contrastées, afin de briser la silhouette du navire.” (source)

1974 : Théodore Nelson, Computer Lib

Les mouvements Hacker et des logiciels libres des années 60-80 est à l'origine d'un bouleversement culturel : partage des données, mutualisation des compétences, décentralisation, libre circulation de l’information.

06a-1983-hacker-gpl.jpg Mouvement Maker

Aujourd'hui, ces principes irriguent tous les domaines (science, éducation, arts, matériel, santé, habitat, agriculture, …) et dessinent les contours d'une société souhaitable, celles basée sur la convivialité et les communs.

En France, depuis 1924, paraît de façon discontinue le magazine Système D.

Aller plus loin : Société libre, Cultures libres.

2015 : Framasoft, Dégooglisons Internet

“Au milieu des multinationales tentaculaires, quelques organisations non-lucratives continuent de lutter activement pour un Web ouvert et respectueux des internautes.”

2014: projet “FLOK Society” en Équateur

“Alors que le « Buen Vivir » vise à remplacer l’accumulation aveugle de la croissance économique par une forme de croissance qui profite directement au bien-être du peuple équatorien, le « Buen Saber » vise à créer des communs de la connaissance ouverts qui faciliteront une telle transition ; à travers le projet de recherche Free/Libre Open Knowledge (FLOK), l’Équateur entreprend de refonder son économie en déclenchant une transition nationale vers une société de la connaissance libre et ouverte.” (source)

“Open Source Ecology (OSE) est un réseau de fermiers, d’ingénieurs et de supporters dont l’objectif est la production du Global Village Construction Set (GVCS). Tel que décrit par Open Source Ecology, « le GVCS est une plateforme technologique ouverte qui permet la production aisée des 50 machines industrielles nécessaires pour construire une petite civilisation avec tout le confort moderne ». Des groupes à Oberlin, Ohio, Pennsylvania, New York et en Californie développent des plans, et construisent des prototypes qui sont ensuite envoyés dans le Missouri. Les machines sont construites et testées sur la Factor e Farm dans le Missouri.”

06d-fablabhouse.jpg 2010 : Fablab House

“The objective is to design an integral solar house with the technologies of our time, which will generate maximum resources with minimum investment. A house built for people, committed to creating the city, and connected with the whole world.”

“Ville ronde de Bagdad (appelé aussi: La Cité de la Paix, en arabe: Madinat-As-Salam) est une ancienne ville construite dans la partie ouest de Bagdad, entre 767 et 912 après JC. Dans ce territoire inclus la Maison de la Sagesse (al-Bayt al-Hikma)”.

Notez la place accordée aux jardins, prémisses des cités jardins ?

“La Cité-jardin est un concept théorisé par l'urbaniste britannique Ebenezer Howard en 1898, dans son livre To-morrow : A peaceful path to real reform. C'est une manière de penser la ville qui s'oppose à la ville industrielle polluée et dont on ne contrôle plus le développement pendant la révolution industrielle et qui s'oppose également à la campagne (considérée comme trop loin des villes).”

2014 : Fab City

“Imaginons que la Ville puisse s'appuyer sur les ressources présentes sur son territoire pour accéder à une plus grande autonomie. Imaginons que la Ville puisse nourrir ses habitants et permettre le développement d’une production locale. Utopie ? Non, bien sûr ! Barcelone et São Paulo nous montrent l'exemple, une nouvelle organisation de la Cité y est engagée.

FAB CITY est un concept né en Europe dans le sillage des FAB LABS, promus depuis 10 ans par le M.I.T (Massachusetts Institute of Technology). Ouvrir des fablabs dans tous les quartiers, c'est le tissage, en ville, de liens entre le monde de l'industrie et de l'agriculture. C'est la mise en place de nouveaux réseaux d’échanges et de partages, de l’agriculture urbaine, de micro-usines locales, d’événements permettant la fertilisation croisée des désirs et des pratiques.” (source)

“Du berceau au berceau (Cradle to cradle pour les anglophones, aussi abrégé en C2C), est une partie de l'écoconception mais aussi un concept d'éthique environnementale ou de philosophie de la production industrielle qui intègre, à tous les niveaux, de la conception, de la production et de la réutilisation du produit, une exigence écologique dont le principe est zéro pollution et 100 % réutilisé. En simplifiant, un produit fabriqué doit pouvoir, une fois recyclé, produire à nouveau le même produit, seul un ajout d'énergie renouvelable intervenant dans le cycle.”

07a-1899-toureiffel-mauricekoechlin.jpg 1899 : Maurice Koechlin s'inspire de la structure d'un fémur pour concevoir les pieds de la Tour Eiffel

“Le biomimétisme des activités humaines. C'est un domaine émergent de la recherche qui comprend des sous-domaines tels que la bionique et la bioassistance, l'architecture biomimétique. Il s'agit d'une ingénierie inspirée du vivant qui cherche à tirer parti des solutions et inventions produites par la nature (les écosystèmes, les services écosystémiques) ; solutions sélectionnées parmi de nombreuses autres depuis 4 milliards d'années, efficace d'échelles nanométriques aux échelles macroscopiques et écosystémiques.” (source)

1882 : Antoni Gaudi, début de la construction de la Sagrada Familia

“De la maison Batllo au palais Guell en passant par la Sagrada Familia (pour ne citer que quelques bâtiments visibles à Barcelone), les formes dessinées par Antoni Gaudi sont peut-être déroutantes au premier regard mais elles sont familières. L’architecte catalan a toute sa vie durant puisé son inspiration dans la nature pour forger son architecture. Selon lui, pour lutter contre la force d’attraction ou les éléments, les végétaux ont mis au point des stratagèmes architectoniques très précis et surtout très efficaces. Gaudi va donc s’inspirer de la nature, l’imiter pour forger son propre “ordre” architectural. “Je n’invente rien, je copie le grand livre toujours ouvert de la nature”, écrira-t-il dans son journal.” (source)

07c-2006-lucschuiten-archiborescence.jpg 2006 : Luc Schuiten, Villes végétales

“A quoi ressemblera notre futur? Nous savons déjà qu’il ne pourra se construire dans la continuité de notre présent, car les ressources planétaires s’épuisent bien plus vite que nous ne leur laissons le temps de se régénérer. L’architecte visionnaire bruxellois, Luc Schuiten, estime que nous avons peut-être trop vite oublié que nous sommes avant tout des êtres biologiques installés sur une planète elle même vivante.

En réponse à cette réflexion, il imagine des nouveaux lieux de vies, conçus à partir de l’observation de vastes écosystèmes tels que les massifs coralliens ou les forêts primaires. A travers différentes perspectives futuristes, évoluant dans le temps, un monde cohérent et poétique, faisant appel à l’imaginaire se construit progressivement. Il suggère des solutions pour les transports publics et individuels de demain, propose des formes d’habitat archiborescent réalisable immédiatement, et étudie le devenir de la ville de Lyon, Bruxelles, et Sao-Paulo à l’horizon 2100.

Ces visions d’un avenir positif se déclinent à travers la création d’une nouvelle relation entre l’homme et son environnement naturel.” (source)

07c-2012-singapore-gardensbythebay.jpg 2012 : Singapour, Gardens by the Bay

Theo Jansen, Strandbeest

“Depuis plus de vingt ans, Theo Jansen (né en 1948, vit et travaille à La Haye) se consacre à l’étude d’une espèce indépendante et autonome, les «Strandbeasts» ou «créatures de plage». Tous les étés, il transforme la plage de Scheveningen en un laboratoire où se déploient ces monumentales créatures. Construites uniquement à partir de tubes d’isolation électrique, et certaines de tiges de bambou, de serre-câbles et de voiles en Dacron, elles se meuvent par la force du vent.

Les espèces «Strandbeasts» se développent selon les principes de l’évolution et de transformations génétiques, mettant en cause la division communément admise entre le naturel et l’artificiel, l’organique et le mécanique et dessinant un arbre généalogique complexe. Theo Jansen récuse notre anthropocentrisme spontané et considère que les «Strandbeasts» ont ainsi leur propre raison d’être, leurs propres mécanismes et principes d’évolution, dont il est moins l’inventeur que le passeur et le transmetteur.” (source)

07d-2013-tatsuomiyajima-life-no.17.jpg 2013 : Tatsuo Miyajima, Life no.17

Limites médiatiques

2016 : BFMTV

Quelles images du monde avez-vous ? Quels mots pour le décrire ? Quelles connaissances pour comprendre et agir ?

Il semblerait que le fonctionnement des médias télévisuels ne conviennent pas pour comprendre le monde. L'accent est mis sur les fais divers, les images catastrophiques et spectaculaires, sur l'émotion, le temps court, sans les filtres nécessaires à la bonne mesure des événements. Tout ceci ne laisse que peu de place à la réflexion.

De plus l'automatisation du métier croît toujours plus, une même dépêche (celle de l'AFP) est relayée dans tous les médias sans vérifications. S'il y a une erreur, tout le monde fait l'erreur. La concurrence entre les chaînes place au centre la question du temps, non celle du sens ou du contenu, le principal c'est d'avoir une image n'importe laquelle (à quelques nuances près tout de même) avant tout le monde : Vidéos amateurs vendues sous le manteau : de 200 € à 50 000 €. Des citoyens inconscients ont même filmé une action dangereuse de la police à la suite des attentats. Les citoyens eux-mêmes semblent être entrés dans la machine

Un autre son de cloche : Carnets de Campagne sur France Inter et Ce soir (ou jamais !) sur France 2.

08a-1963-paik_randomaccess.jpg 1963 : Nam June Paik, Random Access

“In this tape installation, Paik went one step further: the visitor can use the sound head, which has been detached from the tape recorder, to interactively run through the tapes glued to the wall, and constantly vary the sound sequence according to location and speed. This random access to the musical raw material enabled visitors to produce compositions of their own.” (source)

08a-1965-paik_magnettv_whitney.jpg 1965 : Nam June Paik, Magnet TV

“Dans un de ses premiers travaux, Paik participe à “l'exposition de musique de télévision” en 1963 dans la galerie Parnass de Wuppertal. Il pose 13 téléviseurs à même le sol et utilise des aimants pour dérégler et tordre les images. Certains sont posés droits et d'autres de biais. Le but est de perturber la relation habituelle que le spectateur a à son récepteur. Ce sera l'acte de naissance officiel de l'art vidéo.

À l'époque de Nam June Paik, la télévision est devenue un objet presque culte dans la société occidentale. Dans plusieurs de ses travaux, il s'en sert pour fabriquer des installations. Il utilise le moniteur en tant qu'objet ready-made qu'il rectifie.”

08c-1971-orangemecanique-therapie.jpg 1971 : Stanley Kubrick, Orange Mécanique

“Dans l'espoir de sortir de prison, Alex se porte volontaire pour tester cette thérapie révolutionnaire d'une durée de deux semaines, financée par le gouvernement dans le cadre d'un programme expérimental d'éradication de la délinquance. Le traitement est fondé sur un principe semblable à celui des réflexes de Pavlov, consistant en une thérapie par aversion. Il s'agit d'amener Alex, attaché à un fauteuil avec un appareillage qui le force à avoir les yeux ouverts, à associer certains stimuli (des scènes de violence ou de sexe projetées sur un écran qu'il est forcé de regarder) aux douleurs provoquées par les drogues qu'on lui administre au cours de ce traitement. Lors d'une des séances est projetée une série de scènes de l'Allemagne nazie dont la bande-son est la Symphonie nº 9 de Beethoven, ce qui va paradoxalement transformer son admiration pour ce chef-d'œuvre en une profonde aversion, montrant l'évidente efficacité du traitement.”

08d-2000-wangdu-realitejetable.jpg 2000 : Wang Du, Réalité Jetable

“Wang Du est un artiste internationalement reconnu dont le travail, composé de sculptures et d’installations monumentales et ludiques, offre un regard critique sur le système médiatique et la société de consommation. […] Frappé par l’omniprésence des images dans la ville, celles-ci deviennent alors la « matière » de son œuvre. Wang Du traite du flux incessant d’informations dont les médias nous submergent quotidiennement comme d’une « post-réalité », car s’y confondent selon lui monde réel et monde créé par les médias. Ainsi, Réalité Jetable (2000), ensemble de sculptures monumentales suspendues au plafond et réalisées à la faveur d’un séjour de deux mois au Consortium à Dijon, consiste en une traduction en trois dimensions d’images prélevées dans la presse. Les déformations qu’occasionne ce passage de la bidimensionnalité au volume donnent à ces figures polychromes – parmi elles : le président Chirac en compagnie du président chinois, une moto, une boxeuse amputée d’un sein par exemple – l’aspect d’icônes contemporaines un peu monstrueuses.” (source]

08d-2007-wanddu-lesmodes.jpg 2007 : Wang Du, Les Modes

“Trois boules de papier surdimensionnées, en acier blanc, sont exposées dans le jardin du Palais Royal à Paris. Wang Du, artiste chinois travaillant en France, réalise ses sculptures à partir de journaux froissés agrandis grâce à un scanner 3D. “Les Modes”, boules géantes de journaux froissés sont ici faites avec le New-York Times, le Asharq Al-Aswat et la Komsomolskaya Pravda. Obsédé par les médias, Wang Du ” s'interroge sur les implications de la mondialisation dans la circulation de l'information et de sa réception. Pour lui, les médias constituent une post-réalité, où se confondent monde réel et monde crée par les médias. Les sculptures de Wang Du sont “des figures hybrides nées du flux incessant de l'information.” Elles luisent à la lumière, tantôt blanches, tantôt dorées sous le soleil. Polies et douces au toucher, elles attirent la main des visiteurs.“ (source)

08e-1721-jonathanswift-peinture1870-jehangeorgesvibert-gulliverandtheliliputans.jpg 1721 : Jonathan Swift, Les Voyages de Guilliver 1870 : peinture de Jehan Georges Vibert, Gulliver and the Liliputans

“En 1726, Swift commence Les Voyages de Gulliver qui marque un sommet de la satire sociale et politique au travers d’éléments mêlant, sur le mode du pamphlet ou de la description narrative, de la philosophie, de la logique, du fantastique et de la science-fiction. Le roman a été écrit par Swift après le krach de 1720. Il avait acheté des actions de la Compagnie des mers du Sud pour 1 000 livres. La spéculation avait fait passer la valeur d'une action de 128 livres à 1 050 livres, avant de s'effondrer ruinant bon nombre de commerçants britanniques. Cet accroissement puis cette miniaturisation de la richesse en un temps très court a dû donner à Swift l'idée des changements de taille relative de son personnage principal qui serait une métaphore de ce krach en donnant à Swift l'occasion de se moquer des travers de la société de son temps.” (source)

08f-2000-ronmueck-bigman.jpg 2000 : Ron Mueck, Bigman

“Ses sculptures reproduisent le corps humain dans ses plus minutieux détails grâce au silicone, à la résine polyester et à la peinture à l’huile. Derrière sa précision clinique, un goût du morbide transparaît, à travers la déchéance de ses corps obèses et vieillissants accentuée par leurs dimensions anormales.” (source)

09a-2012-liubolin-swissmagazinerack.jpg 2012 : Liu Bolin, Swiss Magazine Rack

“La destruction en novembre 2005 par le gouvernement chinois du village artistique de Suo Jia Cun où il avait son atelier, au moment où il crée sa série Hiding à New York, fait penser que Liu a pu décider d'utiliser son art comme un moyen de protestation silencieuse pour attirer l'attention sur le manque de protection des artistes chinois de la part de leur gouvernement. L'analyse des images de Liu Bolin permet de mieux cerner le propos du photographe et son positionnement par rapport aux puissances qui l'entourent.”

09b-2008-ryojiikeda-datamatics-datatron_8k-1.jpg 2008 : Ryoji Ikeda, Datamatics

“Datamatics is an art project that explores the potential to perceive the invisible multi-substance of data that permeates our world. It is a series of experiments in various forms - audiovisual concerts, installations, publications and CD releases - that seek to materialise pure data.”

09c-1993-jodi.jpg 1993 : JODI

“Jodi ou jodi.org est un collectif d'artistes de deux net-artistes : la Néerlandaise Joan Heemskerk (née en 1968) et le Belge Dirk Paesmans (né en 1965). Ils vivent et travaillent à Dordrecht aux Pays-Bas et sont des figures emblématiques de l'art en ligne.”

2011 : Darren Solomon, In Bb 2.0

En référence à une œuvre musicale minimaliste de Terry Riley In C en 1964, il s'agit de 20 vidéos sur une même page de personnes qui jouent d'un instrument avec la même note “B”. On peut déclencher, arrêter n'importer quelle vidéos pour créer notre propre composition.

En savoir plus : An Inventive Work Finds Harmony In B Flat

Même initiative en France après les attentats du 13/11/15, avec 36 Marseillaises synchronisées : makery.info

Le Temps

10a-1890-etiennesjulesmarey-analysecinematiquedelamarche.jpg 1890 : Étienne-Jules Marey, Analyse cinématique de la marche

“Étienne-Jules Marey, né le 5 mars 1830 à Beaune et mort le 15 mai 1904 à Paris, est un médecin et physiologiste français. Considéré à son époque comme un touche-à-tout1 atypique, il est un pionnier de la photographie et un précurseur du cinéma.”

10b-1912-marcelduchamp-nudescendantlescalier.jpg 1912 : Marcel Duchamp, Nu descendant l'escalier

“Nu descendant un escalier est un tableau de Marcel Duchamp peint en 1912. Il fit scandale lors de son exposition à l'Armory Show de New York en 1913, mais consacra la gloire de Marcel Duchamp et marqua le début de l'art moderne aux États-Unis.[…] Suggérant un nu, non anatomique mais artistique, cette œuvre de Marcel Duchamp met le spectateur en face d'une représentation qu'il connaît d'instinct, ne suscitant chez lui aucun intérêt. Cependant cette œuvre lui donne une vision décomposée du mouvement humain qui peut être confondu avec celui d'une simple machine.

L'évolution technologique de la fin du XIXe et du début du XXe siècle suscite dans les mentalités un mépris de l'homme pour l'homme qui est considéré comme un objet, une sorte de robot qui répète sans cesse les mêmes mouvements - dont on peut décomposer les attitudes et analyser le fonctionnement. On parle alors de déshumanisation. La démarche du peintre est donc ici à visée philosophique. Elle permet de remettre en cause la nature même de l'être humain et de ses rapports avec le monde qui l'entoure, grâce aux fonctions de communication et communion que permet l'art. L'œuvre est donc une contestation significative de l'auteur.”

ASCII Art - Walking Man

“L'art ASCII consiste à réaliser des images uniquement à l'aide des lettres et caractères spéciaux contenus dans le code ASCII. Cette pratique a commencé avec les mainframes, où ce genre d'images permettait de montrer ce qu'il était possible de faire avec une imprimante bien menée. Les images étaient alors d'une largeur de 120 ou 132 caractères pour une longueur variable, et autorisaient les superpositions multiples de caractères. Une image de ce type très répandue dans les années 1960 était un portrait de Brigitte Bardot. Des machines couplées à des caméras vidéo imprimèrent par la suite des portraits sur papier dans des galeries commerciales (parfois aussi sur des T-shirts par une méthode de transfert).” (source)

10c-1965-romanopalka-infini.jpg 1965 : Roman Opalka, Opalka 1965-∞

“De 1965 à sa mort, il se consacre à l'œuvre de sa vie dont le but est d'inscrire une trace d'un temps irréversible. Ses moyens d'expressions sont majoritairement ses “Détails” (ces fameuses suites de nombres peintes sur toile), des autoportraits photographiques, des enregistrements.[…] L'année 1965 est donc un tournant dans la vie d'Opałka. L'artiste a enfin trouvé une raison de vivre, une idée artistique valant la peine d'être accomplie. Pour lui, sa pratique de peintre conceptuel dépend en partie d'une solution philosophique qui permettrait d'accepter l'existence. La philosophie et l'art sont deux dimensions essentielles au peintre.

Son activité d'artiste rejoint les lois immuables de l'existence humaine : elle visualise l'irrémédiable écoulement d'un temps qui l'achemine vers sa propre fin. Il s'agit pour lui de « capter » le temps, de saisir l'instant, c'est un combat qu'il engage avec son propre corps et dont l'ultime conclusion est la mort. Chaque peinture faite étant en même temps une preuve incontestable de vie.”

10d-2011-artoffailure-internetencephalography-0.jpg 2011 : Art of failure, Internet Encephalography

“Des données informatiques sont émises depuis le lieu d'exposition vers 193 ordinateurs localisés dans chacune des nations membres de l'ONU. Les variations de temps de parcours vers les 193 nations sont représentées sous la forme de diagrammes. Ils dessinent ce que pourrait être une encéphalographie du réseau internet. À travers cet ensemble de sondes localisées, les 193 électrogrammes renseignent sur les dynamiques internes et l'état global du réseau. Egalement assimilable au méthodes d'écho localisation ou de sonar, ce procédé dresse une géographie des nations au sein du réseau numérique.”

10e-2008-julienberthier-horlogeduneviedetravail.jpg 2008 : Julien Berthier, Horloge d'une vie de travail

“Horloge permettant de calculer en temps réel les heures de travail accumulées avant la retraite (1 minute divisée en 60 secondes, 1 semaine divisée en 35 heures, 1 trimestre divisée en 13 semaines et 40 ans divisés divisés en 160 trimestres). Elle peut se déclencher à distance par téléphone pour répondre à la mobilité croissante du travail contemporain. Cette horloge introduit la notion du « temps individuel » (comme « temps universel ») qui ne s’accumule que pour soi. Elle devient le reflet d’une organisation du travail qui tend à l’individualisation et fissure les formes de solidarité en annihilant les stratégies collectives de défense.”