Choix du feu et perspectives

Alain Gras est professeur de socio-anthropologie des techniques à l’Université Paris 1, directeur du Centre d’études des techniques des connaissances et des pratiques, fondateur des revues L’Écologiste, La Décroissance et Entropia ; et auteur de livres comme “Le choix du feu – Aux origines de la crise climatique” ou encore “Fragilité de la puissance, se libérer de l’emprise technologique”.

Introduction

Pour introduire le débat avec Alain Gras, Jérôme Abel souhaitait aborder trois notions : l'Anthropocène, l'écosophie et la matière.

Résumé : Les pays industrialisés provoquent des dégâts catastrophiques sur la Terre et sur l'être humain. La domination de la Nature s'accompagne de processus économiques et philosophiques qui nous éloignent de la matière, des choses qui nous entourent. Si nous ne comprenons pas comment fonctionne notre environnement, il est difficile de nous en sentir responsables et d'agir. Il faut donc réévaluer notre rapport à la matière, donc aux métiers manuels et aux techniques simples qui répondent à nos besoins.

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Analyse d'Alain Gras

Synthèse tirée de l'article sur Makery.info

« La trajectoire technologique n’existe pas », pose l’anthropologue spécialiste des techniques Alain Gras. Accompagné du collectif Paléo-énergétique, qui ressuscite les techniques oubliées, le sociologue remonte le temps pour démontrer qu’en matière d’énergie, nous aurions pu prendre une autre route. Alain Gras a rappelé que l’énergie est aussi une question de choix.

Que les partisans du « on n’arrête pas le progrès » revoient leur copie. Le progrès est une invention sociale et la technique est conjoncturelle, explique le sociologue. Surtout, « elle existe dans l’imaginaire, elle correspond à une intention ». « Pour les Grecs, il ne fallait pas que la technique soit exagérée. Pour les Chinois, il fallait l’harmonie, selon la philosophie de Confucius. » Pour les Occidentaux, ce sera « la puissance et la prédation », analyse-t-il. Une symbolique qui s’incarne dans le train, cet outil qui se moque des pentes et des montagnes et ce point de bascule d’une société qui se dirige à toute vitesse vers l’ère « thermo-industrielle » – une théorie développée dans son livre Le choix du feu. « On oublie qu’au début du siècle, quatre énergies cohabitaient, rappelle-t-il : la biomasse (pour l’agriculture), l’air (pour les bateaux), l’eau (pour la première industrialisation) et l’énergie fossile (charbon). » À la fin du siècle, il ne reste que les énergies fossiles, « une énergie qu’on peut maîtriser ».

« On ne sait pas la puissance de la symbolique, ça ne se mesure pas, souligne Alain Gras. Mais ça peut tout à coup produire des effets inattendus. » Et faire basculer l’imaginaire vers une énergie plus propre… et conviviale.

Trois questions à Alain Gras

Propos recueillis par Elsa Ferreira, Makery.info

Pour être durable et éthique, la technique doit-elle être « low tech » ?

L’expression low tech désigne une technique facilement compréhensible et avec laquelle on peut interagir, qu’on peut réparer, que l’on comprend. La technologie peut-être complexe ; par exemple les engrenages d’une voiture ou les roulements à billes sont compliqués mais on a l’impression qu’on peut les comprendre, qu’on peut les resserrer s’ils sont mal orientés. Même si c’est une technologie qu’on ne peut pas fabriquer, on peut agir dessus.

Il faut comprendre la technique pour se l’approprier et en faire quelque chose qui ne nous est pas étranger, sinon on est aliéné.

Vous parlez de moment de bascule de l’imaginaire, où une technique prend l’ascendant sur les autres. Comme le train par exemple, sa symbolique de puissance et l’avènement des énergies fossiles. Peut-on penser qu’aujourd’hui nous sommes dans un moment de bascule ?

Dans nos techniques anciennes, vous avez un rapport direct avec l’objet, un rapport sensuel. Ce rapport sensuel existe encore dans les fablabs par exemple mais dans ce qui est en amont, tout ce qui est logiciel, tout ce qui est soft, il n’y a plus ce contact.

Il y a là une grande différence avec les technologies d’avant : l’information est désormais première.

En ce moment il y a une réaction à une perte de sensualité du monde, à cette distance avec la nature. Tout le monde est conscient du réchauffement climatique et ses conséquences. Il se passe quelque chose, et il y aura peut-être un désir de retourner vers une plus grande proximité de la réalité matérielle. Je ne suis pas certain sur que l’image du numérique va définitivement être le moyen de notre rapport au monde.

Vous avez visité les ateliers participatifs. Quels projets vous ont particulièrement plu ?

Ce sont les projets qui se tournent vers quelque chose de concret. Par exemple les fours solaires : c’est une bonne utilisation des fablab parce que ça permet de reproduire des énergies et cette énergie servira peut-être à fabriquer des fablabs…

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