Rencontres des ateliers de Marseille

L'équipe du LFO a organisé deux journées de rencontres entre les ateliers de fabrication et de réparation de Marseille les 22 et 26 avril 2016. Nous avons invité une quarantaine de personnes faisant parti d'une trentaine d'organisations.

Plusieurs réflexions ont motivé ces rencontres :

  1. Après avoir été dévalorisés symboliquement et économiquement, les savoirs-faire manuels et les outils de production associés regagnent très doucement du terrain. À Marseille, en parallèle des ateliers historiques, une nouvelle vague d'ouverture d'ateliers semble émergé depuis deux ans. Le but premier de ces rencontres est de mieux connaître l'ensemble des ces acteurs et de s'ouvrir à leurs domaines.
  2. Depuis son essor dans les années 90, le mouvement des logiciels libres a essaimé. Il inspire aujourd'hui bien d'autres domaines que celui de l'informatique : le matériel libre, le design libre, les connaissances libres, la science citoyenne, les semences libres, etc. Cet ensemble basé sur les notions de biens communs permet d'esquisser les contours d'une société meilleure sur le plan humain et environnemental.
  3. Pour accompagner ces mouvements, s'est développé depuis une vingtaine d'années des espaces d'échanges de savoirs : médialabs, hackerspaces, fablabs, friches, ateliers, et autres tiers-lieux, qui renouvellent ou réactualisent les pédagogies mêlant pratique et théorie, art et science, individu et société, de l'éducation populaire.
  4. Un idéal s'invente autour de la place des ateliers dans les villes. S'inspirant des “ateliers communaux” d'André Gorz, du projet Fab City de la ville de Barcelone avec un atelier par quartier, ou des villes reprises par leurs habitants en nécessité (DIY Manifesto), pourquoi ne pas imaginer les ateliers comme un réseau de nouveaux services publics ? Des espaces en ville pour bricoler, réparer, créer, fabriquer, s'entraider, échanger, semblent remplir un besoin fondamental, qui pourrait poser les bases d'une relation plus consciente et responsable envers la matière et les objets que nous fabriquons et consommons.

Participants

Un grand merci aux dix-huit participants de ces ateliers, que nous avons ici regroupés en structures.


Les Pas Perdus est un collectif d'artistes plasticiens qui partage avec un autre collectif “L'Art de Vivre” un local d'environ 1300m2, le comptoir de la Victorine. Ils proposent depuis une quinzaine d'années des installations et des œuvres plastiques imbriquées dans un voyage inventif à travers le meuble > la maison > le quartier > la ville. En côtoyant des pratiques esthétiques populaires, le groupe artistique travaille à la fabrication d'œuvres en co-réalisation avec des créateurs/trices populaires. Le Comptoir de la Victorine a ouvert en avril 2016, un nouvel espace : le vestibule pour l'emploi. Les Pas Perdus font partis du réseau Art Factories, les nouveaux territoires de l'art.

Projets : Le tuning d'appartement, L'atelier bricolage, Week-end FADA, L'art des habitants habités à la Cité Radieuse, Kitchen On The Run (rencontre entre des réfugiés et la population locale autour de la cuisine).


Repair Café Marseille est une initiative de l’association Les Énergiques, développée dans le cadre d’un projet cofinancé par la Région PACA dans le domaine de la transition énergétique. En effet, cette transition nécessaire ne concerne pas uniquement l’augmentation de la production d’énergie renouvelable, mais également la réduction de la consommation d’énergie dans tous les domaines d’activité. Il fait parti du réseau national et international des Repair Café créé en 2008. À Marseille, les ateliers sont itinérants, il n'y a pas de lieu fixe.

Réparer ensemble, c’est la fonction principale d’un lieu appelé Repair Café, dont l’entrée est ouverte à tous. Outils et matériel sont disponibles pour y effectuer de nombreuses réparations : vêtements, meubles, appareils électriques et électroniques, vélos, vaisselle, jouets, etc. Il s'agit aussi de montrer aux participants qu'il existe localement des artisans réparateurs compétents et de les sensibiliser au problème de l’obsolescence des objets. Ainsi, nous espérons déclencher chez les citoyens un nouveau réflexe, qui ne sera plus celui d’acheter à bas prix des produits de mauvaise qualité, mais de réparer eux-mêmes leurs objets de bonne qualité dans le cas de pannes simples, et de faire appel à leur « réparateur de famille », homologue pour leurs objets de leur « médecin de famille », lorsque la panne sera plus complexe.


Le Collectif Vélos en ville est une association loi 1901 reconnue d’intérêt général créée le 1er août 1996. Elle a pour objet de sensibiliser, de former et de faire participer le public le plus large possible au développement de la pratique du vélo en ville. Elle appartient au réseau national de la Fédération française des Usagers de la Bicyclette (FUB), au réseau national de l’Heureux-Cyclage et à l’APEAS (Agence Provençale de l’Economie Alternative et Solidaire). L'association compte environ 30 bénévoles, 4 salariés et 1400 adhérents. Ils utilisent un système de gestion développé par le réseau national : La Burette. À Marseille, il existe un autre collectif, Vélo Sapiens.

Outre son atelier de réparation, le recyclage de pièces détachées et la vente de vélo, Vélos en Ville veille au respect des lois concernant les pistes cyclables, organise des ballades, anime des ateliers de sensibilisation et propose tous les ans une Fête du Vélo. La prochaine aura lieu le dimanche 5 juin 2016.


La ressourcerie Histoires sans fin est une association affiliée au réseau national des Ressourceries depuis décembre 2014. Un lieu est ouvert à Venelles et un second va ouvrir ses portes au Panier, 12 place de lorette. Les ressourceries en PACA sont : Trilogik, Impulse Toit, Recyclodrome, Evolio et Histoires sans fin. Voir leur plaquette.pdf.

Une ressourcerie est un établissement ayant pour objectif principal de favoriser le réemploi de certains objets considérés comme des déchets en leur donnant une deuxième vie en les proposant à la vente à petit prix. Pour cela c'est un intérmédiaire entre les communes, les déchêteries et les éco-organismes à travers quatre activités : collecte, valorisation, revente, sensibilisation et pour certaines s'ajoutent une démarche d'insertion par l'emploi. Dans certains cas, des réparations seront nécessaires afin de leur redonner une valeur d’usage.


Le Lieu de Fabrication Ouvert (LFO) est un espace associatif d'expérimentation, d'échanges et d'apprentissage autour de la fabrication numérique et des cultures libres. Il est animé par deux associations Reso-nance numérique et Zinc depuis novembre 2013. En parallèle du lieu physique, un site Internet Wiki est régulièrement enrichi de contenus : connaissances, projets, ateliers. Les adhérents sont invités à y contribuer. Les fablabs sont un réseau national et international d'ateliers de fabrication numérique ouverts au public.

Nous avons organisé deux événements regroupant les projets du LFO, des acteurs régionaux, nationaux et internationaux de diverses disciplines : What The FLOK ? en 2014 et Made In Friche Machines en 2015, avec notamment une journée de rencontre des Fablabs de la région. Projets : BrutBox, Malinette, Chimères Orchestra, VéloLab, Pépinière mobile.


Make It Marseille est un espace d'ateliers et de travail partagés (co-working) orienté entreprise, d'une superfice de 450m2. Il a ouvert ses portes en avril 2016. Le vernissage a lieu le jeudi 28 avril 2016. Les espaces et les machines se louent. Plusieurs machines à commande numérique sont disponibles pour le textile, les bijoux, une fraiseuse numérique de grand format 1,50mx1,50m, une découpe laser 90x50cm ainsi que des outils électro-portatifs et un studio photo. La formation sécurité est obligatoire. Au niveau électronique, le partenaire est Ultra Lab.

Projet : Module M, un espace de travail open source.


Loïc Bourse (Cobannos) est sociologue de formation, puis après une reconversion professionnelle dans le génie mécanique, devient artisan dans le domaine du vélo. Il possède chez lui un atelier métal avec tour, fraise, ceintreuse et soudure. Il souhaite développé son activité : monter un atelier de création de vélo et de revente de pièces détachées.


Le DSAA - Design Graphique est une formation en design graphique (master 1 et 2) autour des métiers du livre et du numérique. Un site web wiki a pour ambition d'archiver, documenter et diffuser les recherches développées au sein de la formation.

Projets : Open Frac #1, Open Frac #2, Portrait Karmique, Noailles Tous Ici !.


Assodev-Marsnet est une association créée en 2001 ayant pour but le développement des initiatives solidaires, de la vie associative et du bénévolat.

Elle accompagne à l'usage de l'Internet coopératif et de l'informatique libre :

L'association est constituée d'environ 230 membres dont 170 associations, 25 bénévoles/contributeurs et 3 salariés. Marsnet propose également des services en ligne libres, décentralisés, ouverts, éthiques et solidaires : marslibre.org

Elle organise également des débats-atelier sur les dangers des géants du net (GAFAM), et les alternatives libres, éthiques et décentralisées : Libérons Internet ! Dégoogling-Testing Party ! les 15 et 23 avril 2016.

Elle dispose d'une salle équipée de 8 postes et d'un vidéo projecteur dans des locaux partagés (autre salle commune, cuisine et courette extérieure) pour les formations, les ateliers d'entraide et les bénévoles.

Envies

Les idées et envies qui ont été formulées.

Prochain rendez-vous

L'équipe du LFO organise un festival MACHINES#2 d'une semaine avec ateliers, concerts, débats fin septembre 2016 au dernier étage de la Friche Belle de Mai. Rien n'est encore joué, mais cela pourra être une belle occasion de fabriquer et d'échanger ensemble, d'essaimer vos ateliers. Le thème sera autour de l'énergie.

Tournée des ateliers

Chaque collectif peut animer un atelier dans les autres lieux. Nous pouvons ainsi organiser une sorte de tournée des ateliers. Les premières demandes formulées concernent :


Un atelier d'initiation sur les licences au LFO, animé éventuellement par Marsnet. Nous essaierons de l'organiser pour juin (voir l'agenda). L'idée est de s'inspirer des réflexions sur les licences libres, logicielles, matérielles et sur la réciprocité (Peer Production Licence). Le Labomedia à Orléans a organisé un atelier à ce sujet : Autour des licences à réciprocité.


Une formation sur la soudure métal (TIG, MIG, à l'arc), pourquoi pas en vue de la réalisation d'éoliennes Low Tech ou de tall bike. Celle-ci pourrait se dérouler dans l'atelier des Pas Perdus au comptoir de la Victorine, en compagnie de Julien et de Loïc.

EDIT : Ateliers métal prévu les 19 et 20 juillet 2016.

Reste la question du modèle économique que nous n'avons pas eu le temps d'aborder. Nous pourrions envisager de proposer des formations professionnelles ou des stages alliant métiers manuels et numérique, qui se dérouleraient dans les différents lieux.

Un nouveau lieu

Ouvrir un nouveau lieu à Marseille autour du métal semble plaire à beaucoup de monde : Loïc cherche à espace où démarrer son activité de créateur de vélo ; le LFO et certains membres de Vélos en Ville souhaite aussi se donner les moyens de manipuler le métal et d'avoir les conditions pour créer plus d'objets ou de pièces artistiques ; et Vélos en Ville serait prêt à aider et soutenir l'ouverture d'un nouveau lieu autour du vélo. Comme le proposait Daniel, il pourrait même y avoir plusieurs pôles : meubles, vélo, jouets, etc.

Les Pas Perdus proposent de discuter de ce projet, car il y aurait des espaces négociables au comptoire de la Victorine et une volonté d'ouvrir un peu plus leur atelier. En s'organisant à plusieurs, nous pourrions monter un projet qui plaise à la mairie, pour y donner du poids et pérenniser aussi le comptoire. Ricardo proposait un service d'appel à bénévoles mobee pour ce type d'actions.

De façon coopérative, nous pourrions y organiser :

  • des ateliers de réparation en lien avec Repair Café et les ressourceries pour favoriser les circuits courts ;
  • des temps de création pour produire des pièces artistiques ou écolo, en complément de l'acquisition d'une fraiseuse numérique grand format capable d'usiner de l'aluminium et du bois ;
  • des espaces par matériaux avec des modules de travail transportables comme le module M de Make It Marseille ;
  • des formations sur les savoir manuels et numérique pour être en mesure de choisir entre ces différentes techniques ;
  • la mise en commun “x.thèques” : Logithèque, Matériauthèque, Bibliothèque, Outilsthèque, Webothèque, Projetsthèque, etc.

Resterait à mieux considérer, notamment pour le LFO, les conditions de travail par une meilleure connaissance des matières utilisées dans ce type d'espace (extraction, transformation, transport, caractéristiques, santé, recyclage) que nous documenterons sur cette page matériaux, l'impression des fiches de sécurité et la signature de décharges des participants. Nous pouvons demander l'aide d'un inspecteur du travail.

Plateforme Web

Plusieurs participants ont souhaité aborder avec courage et détermination l'“hydre de mer” de toute organisation : les outils numériques. À Marseille, plusieurs initiatives existent qu'il serait intéressant de faire converger pour partir de l'existant :

Ailleurs aussi, ça cogite et parfois c'est bien utile :

Bref, il semble y avoir une réelle envie des acteurs de terrain de s'organiser pour être plus fort, de rendre visible leurs diversités, leurs complémentarités, leurs réalisations, leurs pertinences ; de disposer d'outils permettant de se relier (portofolio, carte, annuaire, agenda, liste de diffusion, …) et d'outils internes de gestion (adhésion, comptabilité, inscriptions aux ateliers, aux temps machines, etc.) qui soient potentiellement interconnectables. Ces outils numériques doivent être forcément sous licences libres et éventuellement hébergés de façon indépendante. Il y a du travail … À noter, la sortie récente d'une nouvelle version du Guide Libre Associations, des logiciels pour libérer votre projet associatif.

La question de s'organiser autour d'un PRIDES a été évoquée, mais plusieurs interrogations ont été signalées (complexité).

Charte

Les réflexions sur ces outils ne doivent pas nous éloigner de l'essentiel : la phase d'écriture d'une sorte de charte qui délimiterait les objectifs. Il est sûrement trop tôt pour se mettre à la tâche, mais nous pouvons au moins faire apparaître ici les idées qui ont été échangées :

  • Un label “fabriqué ici” pour mettre en valeur ce qui se fait à Marseille sans pour autant faire la promotion béate d'une ville qui n'est pas toujours très ouverte à l'expérimentation
  • Trouver les mots qui nous ressemblent : “les lieux de fabrication et de réparation à Marseille” à vocation artistique, social et écologique (je me lance !). Étant entendu que la fabrication peut être comprise comme un ensemble large : alimentation (élever, cultiver, cuisiner, ..), habitat (construire, meubler, …), transport (partager, réparer, …)
  • Le partage des outils de production et la formation (de pair à pair ?)
  • La constitution d'une bibliothèque de projets
  • L'échange sous forme de monnaies complémentaires ?

Ressources

Quelques liens et articles pour allez plus loin et voir ce qui se fait ailleurs.